GAGNÉ !
A l’étage suprême régnait le calme des hautes sphères. J’attendais le signal de la secrétaire particulière en peaufinant mon art de la sculpture sur trombone. Je ne m’étais douté de rien. Comme à son habitude, le Très Haut fut cordial. Neutre mais cordial. « Souhaiteriez-vous nous quitter ? » Mon sourire s’aplatit. Je cherchais à réfléchir sans pouvoir saisir le moindre embryon d’idée. Le trou noir. Alors j’ai dit oui. Oui au licenciement, oui au départ immédiat, oui à tout. J’en ai pris pour 16 mois. Indemnités transactionnelles (10 mois), de préavis (3 mois) et de licenciement (encore 3 mois). Maintenant, je flotte. Je ne ressens rien de spécial. Rien à part le Château Leoville Lascases sous ma langue. Ses arômes boisés, son éternelle note de tabac blond.

Le Très Haut n’a rien lâché. J’aurais aimé un petit mot d’encouragement, au moins un « pauvre type ». Non, rien. Professionnel jusqu’au bout. Le dernier midi, je le partageais avec Robert Houdin qui est presque devenu un ami. Il m’a même invité chez lui cet été. Je m’étais gavé comme un porc. La semaine suivante, je signais la transaction, et repartais chèque en poche. Un an d’une vie de pacha, deux ou trois sans forcer. Maintenant, je flotte vous dis-je. Sur le chemin de terre, je m’en vais humer l’air de mes aïeux. Fin du matraquage idéologique, des professions de foi à deux balles, des perspectives à court-moyen-long terme. Leur en vouloir ? Pourquoi ? Ils sauvent mon âme ! Quitter mon poste, n’était-ce pas ce que je m’employais à faire depuis le début ?

Toutes ces heures à déverser des wagons de conneries sur ce blog, à sourire à des journalistes qui n’avaient pas lu mon livre, à courtiser la gente féminine dans son ensemble, à suer ma mère d’être démasqué au prochain coup de téléphone, à tenir bon jusqu’au bout derrière mon 15 pouces, à me dire qu’un jour il faudra vous raconter la vérité sur Mozart, à écrire sous d’autres pseudonymes, à vous lire aussi, à vous parler, à vous aimer, tous, à rire de cette comédie perpétuelle, de la retraite de Gégé, de ce couillon de Max, de mes propres blagues, des vôtres, des grands éclats et de tout ce sérieux, oui, décidemment, je me suis bien amusé. Au revoir et merci.