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le journal de MaxMANUEL DE DEMISSION MENTALE
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Un nouveau Diderotsemaine 1, mardi 11h30
Une solution élégante<b>semaine 1, lundi 14h00</b> Martine Marteau<b>semaine 1, mardi 15h30</b>
Seulement mardi et déjà la catalepsie guette. Il est temps de rendre visite à mon pote Gégé. La traverse menant à son repère débouche sur un foutoir indescriptible. Les dossiers s’élèvent en de périlleuses colonnes stratigraphiques. Dictionnaires exotiques, traités improbables, papiers en tous genres traînent pêle-mêle. Et au milieu de ce capharnaüm, Gégé trône, le visage fermé, limite funèbre. Bienvenue dans l’univers hostile du cérébral ! Aux curieux entêtés, l’estocade est donnée par une carte postale en apparence anodine, mais adossée de telle façon que l’œil désorienté finit immanquablement par tomber dessus. Elle reproduit un tableau de Dali : Jeune vierge autosodomisée par les cornes de sa propre chasteté, 1954.

Tel un joueur de dames fanatique, Gégé empile les dossiers. Il me libère une chaise, ouvre un tiroir, en sort deux verres. La dégustation commence.

Sa démission mentale remonte à une trentaine d’années, lorsqu’il comprit que « tout ça, c’est du vent ». Exit les objectifs de résultats, plans de carrière et autres carottes financières. Il se consacre désormais au noble art du camouflage. Son disque dur personnel est dissimulé à l’intérieur d’un classeur et chaque jour, mon acolyte y sauvegarde son butin. Car Gégé a une mission. Une œuvre à accomplir qui transcende les petits tracas de l’étage : réaliser la meilleure collection de photos coquines au monde ! Le sérieux avec lequel il mène son entreprise force le respect. Il se rappelle le nom des modèles et arrive même à les reconnaître sur les gros plans.

On pourrait juger cette quête picturale futile. Pas du tout. Ce qui sauve Gégé du néant, c’est sa foi : il croit en la collection suprême. En l’encyclopédie universelle qui embrasserait d’un même élan les blondes camées de Budapest, les brunes siliconées de Rio, les nouilles décolorées du Pink Hollywood. Perdu dans une civilisation absurde, s’élevant de toute sa hargne contre le silence des étoiles, avec la modestie discrète des plus grands, Gégé sauvegarde l’Humanité.

Nous spéculons longuement sur l’absence de Numéro 4. Puis, le maître veut me faire découvrir ses dernières trouvailles suédoises. Heureusement, il est presque midi. Le restaurant s’impose de lui-même. Seule question épineuse : qui invite ? Ou plutôt : qui s’occupe de la note de frais ?
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