QUELQUES ARTICLES DE PRESSE
La première interview
Réalisée par Vincent Monnier (NouvelObs/Paris)Tout d'abord j'aimerais en savoir plus sur Max ? Son âge, son sexe, son parcours, son job, son secteur, ses hobbies, ses phobies ?Je suis un pur produit des Grandes Ecoles. Vous savez, le genre de type inexpérimenté que l’on propulse chef de projet simplement parce qu’il était fort en math dans sa jeunesse. En dehors des femmes, des grands crus et des farces de mauvais goût, mon seul plaisir dans la vie est la musique classique.
Comment vous est venue l'idée d'écrire ce blog de décompression ?J’ai démissionné mentalement il y a déjà plusieurs années. Depuis, je me contente de ralentir la cadence et d’occuper mon temps libre par des activités qui n’éveillent pas trop l’attention. Par exemple, en tenant un blog subversif sur Internet.
Peut-on avoir une idée du nombre de connexions quotidiennes sur votre site ?Environ 30.000 visites les jours de semaine, un tiers le week-end. Deux millions en quatre mois, trois en tout. Ce qui est sympa, c’est que je reçois des commentaires depuis la Tunisie, la Malaisie, la Chine, l’Australie, le Mexique...
Etes vous surpris par le succès du site ?Oui. Ces effets de mode procurent une notoriété disproportionnée. Aussi, j’essaie de faire en sorte que le journal soit aussi une porte d’entrée vers la "blogosphère", laquelle regorge de talents. Une deuxième étape est de susciter de nouvelles vocations. Cela commence à venir et c’est de loin ma plus grande satisfaction.
Qui sont ces rigolos dont vous parlez ? Qui sont ceux qui ont tenté d'attaquer votre site ? Des jaloux, des curieux ou vos collègues de travail ?Je n’en sais rien et à vrai dire, tant mieux. Derrière les tentatives pour percer mon identité, je vois surtout un désir de tout maîtriser, de tout rendre visible. Les zones d’ombre de mon journal sont autant de pieds de nez à ce genre de diktats.
Que pensez-vous de vos détracteurs ? De ceux qui pensent que vous êtes un usurpateur, un écrivain en quête de notoriété, Frédéric Beigbeder ?A ma connaissance, je ne suis ni Frédéric Beigbeder, ni Michel Houellebecq. De manière plus générale, je constate que la critique est souvent une voie détournée pour revenir à soi. Ce qui est dommage dans ces jugements faciles, hormis le fait qu’ils vous atteignent toujours, c’est de voir certains lecteurs se refermer sur eux-mêmes.
A vous lire, votre vie de bureau semble finalement assez trépidante. Quelques scènes paraissent très scénarisées ? Alors vérité ou intox ?Hormis quelques transpositions pour préserver mon anonymat, je n’invente rien. La plupart des évènements ont une base réelle. En fait, tout est dans le regard. Il faut d’abord que quelque chose - même d’infime - me claque le steak. Je m’attache ensuite à retraduire par la plume cette vive émotion.
Vos collègues se doutent-ils de quelque chose ? Avez-vous été démasqué par certains d'entre eux ?Je suis à peu près sûr que personne n’est au courant. Hormis mon pote Gégé, bien sûr.
Est-il possible d'avoir quelques détails géographiques sur votre localisation ?Pour les amateurs de jeu de piste : Depuis les hauteurs astéracées, je peux voir les trois flèches.
Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent votre cynisme ?Qu’ils prennent tout cela bien trop au sérieux. En fait, je trouve leurs réactions "premier degré" très drôles mais il ne faut pas le leur dire : Ça va les exciter encore plus !
Vous parlez de "blog de décompression". Ce blog, c'est une catharsis, un défouloir ?C’est une chasse d’eau. Il me vide l’esprit de la même manière que le ferait un journal intime, avec les lecteurs en plus. Internet offre une distance intéressante pour parler de sujets qu’il est parfois délicat d’aborder avec ses proches.
Votre blog est vraiment très bien écrit. Des éditeurs ont-ils cherché à vous contacter ? Merci pour le compliment. Aucun contact en vue. Mais laissons les choses à leur juste place : On est loin de la grande littérature et mon tour de poitrine n’a rien d’exceptionnel.
Que pensez-vous de l'éclosion de ces "blogs de bureau" ? Sont-ils en train de lever un coin du voile sur l'autre grande muette : l'entreprise ?En partie. Le monde du travail est devenu si dur qu’il est tout simplement impossible d’y Vivre. On ne peut même pas en dénoncer les abus sans prendre le risque d’être lourdement sanctionné. Internet fera peut-être bouger les choses mais ne nous leurrons pas : Les esprits sont à ce point formatés que le chantier est colossal !
Que peut-on savoir qui ne remette pas en cause votre anonymat ?Je crois que je suis en train de changer de vie. Que ce journal en est à la fois le moteur et le témoignage. De toute façon, cette aventure funambulesque ne pourra se prolonger indéfiniment. Si ça se trouve, je finirai vraiment écrivain !
Un des premiers articles
Ecrit par Alexandre Lévy (lemonde.fr)Dans un genre que certains qualifient de "trash" blog, un nouveau carnet de bord virtuel a fait son apparition sur la Toile : le journal de Max. Politiquement incorrect, volontiers misogyne et cynique, le mystérieux "Max" y raconte son quotidien de cadre supérieur : "Ma vie - de merde - sur grand écran", comme l'annonce le sous-titre dudit blog.
Son premier billet, daté du 30 août, jour de rentrée pour ses collègues, intitulé "Bonjour les connards" annonçait déjà la couleur de sa prose destinée à égayer un peu ses après-midi au bureau. Il évoque également le pourquoi de son blog, "ce journal anonyme dont je ne sais pas où il me mène, sinon à passer un peu de temps peinard, la porte bien fermée, ce qui est déjà en soi une bonne chose".
Au fil des "posts" (contributions), l'internaute découvre peu à peu le monde de Max, peuplé essentiellement par ses collègues de travail, à commencer par le "Boss" et sa secrétaire "la physiquement incontournable Annie-les-gros-mollets", "Gégé", son "pote", grand amateur de clichés numériques coquins, "A.", le fourbe qui prospecte la concurrence ; "la petite Christelle", ou la stagiaire sur laquelle Max a des vues, et "Solénoïde", la standardiste ; Martine, "notre comptable bien-aimée", à qui il soumet ses notes de frais astronomiques. Et tous les autres, que Max appelle les "clones" parce qu'ils sont "interchangeables et que je ne connaîtrai rien d'eux".
Cette chronique française très crue des arcanes de la vie de bureau, avec ses intrigues et ses relations de pouvoir, a d'ores et déjà été plébiscitée par bon nombre de pairs de Max, ses confrères et consoeurs blogueurs. "Jubilatoire", "hilarant", "méchamment bien écrit". Les compliments fusent dans la "blogosphère" sur ce défouloir virtuel dont on se repasse l'adresse de blog en blog.
Tous se posent, bien évidemment, l'inévitable question : "Qui est Max ?" Certains envoient même des clichés le représentant. Alors, un imposteur, un affabulateur ou un casse-cou ? Car, même si l'auteur avoue maquiller un peu les dates et les prénoms, la découverte de son identité et celle de l'entreprise où il travaille ne peut avoir que des conséquences désastreuses pour son avenir professionnel. "Du fond de cette turbine à fric, ce journal torché à la va-vite est mon jardin personnel, ma seule gratuité. Je peux m'y poser toutes sortes de questions", répond en écho Max, qui, certains jours, semble s'inquiéter de cette célébrité subite sur la Toile, où ses supporters forment un véritable fan-club l'encourageant tous les jours à continuer.
Sous d'autres latitudes, des blogueurs ont déjà été sanctionnés par leur employeur pour leurs activités de diaristes virtuels. C'est le cas d'un journaliste américain d'origine chinoise résidant en Chine, Chi Chu Tschang, qui affirme avoir été licencié de l'agence Bloomberg à cause de son blog, sur lequel il ne se privait pas de critiquer le gouvernement chinois.
L'ingénieur informatique Michael Hanscom, lui, a été remercié par Microsoft après avoir publié sur son site la photo montrant la livraison de trois palettes d'ordinateurs Apple au siège de la compagnie avec la mention "Même Microsoft veut des G5".
"Max" risque-t-il à son tour d'être démasqué et congédié ? Cette question semble sérieusement préoccuper ses lecteurs, dont certains le voient déjà en écrivain à succès : "Ton style s'affirme réellement de post en post ! Chapeau !, le félicite l'un d'eux. Au moins, si tu te fais virer, tu n'as qu'à trouver un éditeur et Bridget Jones ira se coucher. Un investissement comme un autre qui te permet d'assurer tes arrières en quelque sorte. A demain."
La dépêche AFP
Du blog au livre, la chronique
à succès de Max, cadre sup désabusé
Par Audrey KaufmannAu départ, le blog de Max était juste un moyen de se défouler, la chronique internet d'un cadre supérieur désespéré par l'univers formaté de la grande entreprise. Des millions d'internautes l'ont lu et le phénomène est devenu un livre à succès.
Max est un trentenaire anonyme qui occupe une haute fonction dans une multinationale et la perdrait probablement s'il se démasquait. «Pur produit des grandes écoles» à la française, bon en maths, amateur de musique classique...
Sa plume alerte dénonce un monde déshumanisé où des cadres «clones» suivent un protocole tracé dès leurs brillantes études, où «le contrôle social est tellement intériorisé que le programme de lavage cérébral est automatique».
«La réalité dépasse largement la fiction», confie Max. Poussé par son pote Gégé, Max ouvre un «blog de décompression à usage thérapeutique» en septembre 2004, où il (dé)livre sa pensée quotidienne.
Très vite, des milliers d'internautes se délectent de ses billets, cliquant depuis la France, l'Australie, la Chine, la Malaisie... Après trois millions de visites, la page ferme en décembre 2004 au grand dam de son fan-club, parce que l'auteur part en vacances.
Description des "clones"
Les éditions Robert Laffont récupèrent rapidement l'affaire. «Le Blog de Max» publié mi-septembre en France, en Belgique, en Suisse et au Canada s'est déjà vendu à plus de 12.000 exemplaires. Max y décrit les «clones» infatigables et interchangeables qui l'entourent, «chemise blanche, costume noir, montre suisse», «une meute de jeunes loups tous définitivement perdus». Leur vie est «purement synthétique», aussi les a-t-il numérotés 1,2,3,4...
«Chaque jour je vois mes collègues s'asseoir sur leurs séants et polir sagement leurs existences, s'appliquant à en élaguer les plus infimes imprévus», écrit-il. «Le Boss reste admiratif devant tant d'abnégation».
Max dit travailler dans une «cinglerie», une «turbine à fric». Il prône la «démission mentale» et pratique la «pipotique» (dans des rapports, il écrit n'importe quoi, du «pipo»).
Dans le délicieux monde de Max, il y a le pot du vendredi, avec distribution de résultats hebdomadaires. Les crasses faites aux collègues. La collection de photos coquines de Gégé. ‘Ensemble, Max et Gégé élisent «Miss Passante», la plus jolie piétonne repérée depuis la fenêtre du bureau. Pour recruter, ils font un «CV basket»: on froisse les CV, afin de leur donner du «relief», on en fait une boule, on vise la corbeille. Seuls les CV n'ayant pas atteint la cible sont retenus.
«L'entreprise est un outil économique qui fonctionne très bien mais qui a indûment investi le champ des valeurs, et moi, je refuse d'être "corporate"», explique celui qui réclame un espace «où le risque existe encore». Depuis la parution du livre, Max reçoit chaque jour des dizaines d'e-mails. Beaucoup de gens approuvent sa critique et son cynisme, dit-il. D'autres l'accusent de profiter du système.
Max, qui envisage de rouvrir «bientôt» son blog, a «souvent eu peur d'être démasqué». «Dès le début, je savais que j'allais démissionner un jour», dit néanmoins ce père de famille. S'il vend 100.000 exemplaires du livre, il part.
En 2004, Corinne Maier, cadre moyen chez Electricité de France (EDF), avait écoulé en quelques mois plus de 200.000 exemplaires d'un pamphlet intitulé «Bonjour paresse». Traduit en 25 langues.