enregistrerfermerprécédentsuivant
zoom
le journal de max le journal de max le journal de max
le journal de MaxMANUEL DE DEMISSION MENTALE
le journal de max
Martine Marteausemaine 1, mardi 15h30
Un nouveau Diderot<b>semaine 1, mardi 11h30</b> Egarement volontaire<b>semaine 1, mercredi 9h00</b>
Noisette de veau aux morilles, un régal. Retour à 15h30, la classe. Je vais directement déposer la note chez notre comptable Martine Marteau. Elle est la grande spécialiste des remarques inintéressantes, des jeux de mots stupides, des blagues pas drôles. Démonstration par l’exemple : « Aujourd’hui, je suis au potentiel zéro. En électricité, le potentiel zéro correspond à la masse. Donc : je suis à la masse. » Tordant. En dehors de ses flops titanesques, elle déroule son univers chiffré à vitesse constante. Martine Marteau  est le rouleau compresseur des tableaux à quatre colonnes et des articles de loi.

J’entre en trombe dans son bureau et attaque en piqué : « Ô Martine ! Tant de charme sous un voile de flamme. » Un léger sourire la trahit. J’ai ce petit plus qui lui échappe. Aussi, entre nous, il y a un arrangement tacite : un peu de poésie contre un peu d’indulgence.

Appâté par quelques manœuvres interlopes, j’avais même imaginé l’entreprendre. Mais je fus vite rebuté par ce corps sec, surmonté d’une coupe de cheveux étonnante, toute en hauteur, la coiffe Hiroshima. Et puis, sa chair doit avoir un goût bizarre, un peu comme celle du poulet. A réserver aux tordus. Ou à certains explorateurs désoeuvrés.

Elle sort l’imprimé. J’envoie la deuxième salve : « Heuristique de la prospective. Déjeuner avec un consultant extérieur. » C’est à des lieux de sa nomenclature mais je garde un aplomb du tonnerre. Car il faut la surprendre, faute de quoi elle bétonne tout et devient impraticable. Martine Marteau  est une rationnelle qui s’ignore : trop rationnelle pour s’en rendre compte. C’est le style à prendre Bach pour un succédané de suites mathématiques. Il lui manque le cœur, c’est tout.

Pas de corps, pas de cœur, mais elle a toute sa tête, c’est-à-dire tout le nécessaire pour me rembourser mon veau morilles. Même si cela me coûte quelques vers de nos grands poètes, sacrilège en ces lieux, qu’ils me le pardonnent. Elle pousse un soupir, griffonne quelques mots, m’indique la case à remplir.

« D’accord, maigre immortalité noire et dorée, consolatrice affreusement laurée, grande mer de délires douée, peau de panthère et chlamyde trouée, je signe et te laisse travailler. »
TOUS DROITS RÉSERVÉS