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le journal de MaxMANUEL DE DEMISSION MENTALE
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Miss Passantesemaine 2, mercredi 16h00
Le jeu du dictionnaire<b>semaine 2, mercredi 9h00</b> Le torpilleur fou<b>semaine 2, jeudi 10h00</b>
La boîte croule sous le travail. Les délais prennent des proportions absurdes. L’ambiance est à l’urgence permanente. Nous passons notre temps à nous croiser dans les couloirs, à ajuster nos agendas, à parler de plusieurs projets à la fois. Bref, on se fait chier. Depuis mon bureau, je laisse passer l’orage, guignant en contrebas les passantes qui défilent comme sur un podium.

Dans ma tête, la voix surexcitée d’un commentateur relate le spectacle :

« Cher public, merci de nous rejoindre pour le grand concours Miss Passante. Déjà de nombreuses candidates depuis le début de l’après-midi, la compétition s’annonce serrée. Attention. Trois deux un, c’est parti !

Une petite brunette manteau chaperon ouvre le bal. Une démarche élancée, trop peut-être : ses pas de géant lui enlèvent toute grâce. Mais ouvrir la compétition n’est jamais chose facile. Succès d’estime. Surtout face au boudin promenant son chien, aussitôt éliminé. Oh ! Que vois-je ! Deux étudiantes, cheveux dans le vent, pochette sous le bras. Le jeans est précis, la forme intéressante. Dommage que leurs chewing-gums soient mâchés bouches ouvertes. Troisième et quatrième places. Le ballet continue avec une jeune maman qui a choisi de travailler le landau. On sait combien l’instrument est délicat mais ses généreux attraits ne rattrapent pas la faiblesse artistique de sa trajectoire rectiligne. Sixième place.

On m’annonce que Gégé vient de rejoindre le jury. Le nez contre la vitre, il repère une junky échevelée, sans doute un bon potentiel horizontal. Elle s’empare de la troisième place, repoussant nos étudiantes plus loin dans le classement.

Suivent quelques fesses pendantes, culottes de cheval et autres arrières-trains ahurissants. L’heure avance et les premières places restent à prendre. Soudain, une ravissante créature entre en scène. Gégé la déclare victorieuse. De mon côté, je préfère ne pas me précipiter. Comme chacun le sait, la gagnante sera mariée à vie avec le jury. Aussi, mieux vaut-il y réfléchir à deux fois. Et de toute façon, Gégé l’a déjà réservée.

Nouvel arrivage, encore une bourgeoise trop moche pour se hisser sur le podium puis plus rien. La situation est tendue. Le jury s’impatiente.

Ah ! Peut-être la délivrance. Un petit bout de femme de rien du tout. Mais sa coupe Loulou très réussie met tout le monde d’accord. Alléluia ! Le mariage sera prononcé dès qu’elle sortira du champ de vision, dans quelques instants. Attendez ! Oh la la, c’est in-croy-able ! Une superbe blonde avec son téléphone portable ! Le jury hésite. Gégé est dépité. Et une nouvelle brune, un vrai boulet ! Gégé veut changer les règles, ce qui est bien entendu impossible. Quel cas de conscience ! Il faut trancher. Après de grandes concertations, le verdict tombe : la coupe Loulou décroche l’or. Les ultimes bombes s’emparent des places d’honneur, synonymes d’aventures de passage. Pour une fois, le podium est de qualité.

C’était l’élection de Miss Passante en direct des bureaux. A vous les studios. »
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