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le journal de MaxMANUEL DE DEMISSION MENTALE
le journal de max
La première interviewpar Vincent Monnier, Nouvel Obs
Quelques visuels Un des premiers articles<b>par Alexandre Lévy, lemonde.fr</b>
Tout d'abord j'aimerais en savoir plus sur Max ? Son âge, son sexe, son parcours, son job, son secteur, ses hobbies, ses phobies ?

Je suis un pur produit des Grandes Ecoles. Vous savez, le genre de type inexpérimenté que l’on propulse chef de projet simplement parce qu’il était fort en math dans sa jeunesse. En dehors des femmes, des grands crus et des farces de mauvais goût, mon seul plaisir dans la vie est la musique classique.

Comment vous est venue l'idée d'écrire ce blog de décompression ?

J’ai démissionné mentalement il y a déjà plusieurs années. Depuis, je me contente de ralentir la cadence et d’occuper mon temps libre par des activités qui n’éveillent pas trop l’attention. Par exemple, en tenant un blog subversif sur Internet.

Peut-on avoir une idée du nombre de connexions quotidiennes sur votre site ?

Environ 30.000 visites les jours de semaine, un tiers le week-end. Deux millions en quatre mois, trois en tout. Ce qui est sympa, c’est que je reçois des commentaires depuis la Tunisie, la Malaisie, la Chine, l’Australie, le Mexique...

Etes vous surpris par le succès du site ?

Oui. Ces effets de mode procurent une notoriété disproportionnée. Aussi, j’essaie de faire en sorte que le journal soit aussi une porte d’entrée vers la "blogosphère", laquelle regorge de talents. Une deuxième étape est de susciter de nouvelles vocations. Cela commence à venir et c’est de loin ma plus grande satisfaction.

Qui sont ces rigolos dont vous parlez ? Qui sont ceux qui ont tenté d'attaquer votre site ? Des jaloux, des curieux ou vos collègues de travail ?

Je n’en sais rien et à vrai dire, tant mieux. Derrière les tentatives pour percer mon identité, je vois surtout un désir de tout maîtriser, de tout rendre visible. Les zones d’ombre de mon journal sont autant de pieds de nez à ce genre de diktats.

Que pensez-vous de vos détracteurs ? De ceux qui pensent que vous êtes un usurpateur, un écrivain en quête de notoriété, Frédéric Beigbeder ?

A ma connaissance, je ne suis ni Frédéric Beigbeder, ni Michel Houellebecq. De manière plus générale, je constate que la critique est souvent une voie détournée pour revenir à soi. Ce qui est dommage dans ces jugements faciles, hormis le fait qu’ils vous atteignent toujours, c’est de voir certains lecteurs se refermer sur eux-mêmes.

A vous lire, votre vie de bureau semble finalement assez trépidante. Quelques scènes paraissent très scénarisées ? Alors vérité ou intox ?

Hormis quelques transpositions pour préserver mon anonymat, je n’invente rien. La plupart des évènements ont une base réelle. En fait, tout est dans le regard. Il faut d’abord que quelque chose - même d’infime - me claque le steak. Je m’attache ensuite à retraduire par la plume cette vive émotion.

Vos collègues se doutent-ils de quelque chose ? Avez-vous été démasqué par certains d'entre eux ?

Je suis à peu près sûr que personne n’est au courant. Hormis mon pote Gégé, bien sûr.

Est-il possible d'avoir quelques détails géographiques sur votre localisation ?

Pour les amateurs de jeu de piste : Depuis les hauteurs astéracées, je peux voir les trois flèches.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent votre cynisme ?

Qu’ils prennent tout cela bien trop au sérieux. En fait, je trouve leurs réactions "premier degré" très drôles mais il ne faut pas le leur dire : Ça va les exciter encore plus !

Vous parlez de "blog de décompression". Ce blog, c'est une catharsis, un défouloir ?

C’est une chasse d’eau. Il me vide l’esprit de la même manière que le ferait un journal intime, avec les lecteurs en plus. Internet offre une distance intéressante pour parler de sujets qu’il est parfois délicat d’aborder avec ses proches.

Votre blog est vraiment très bien écrit. Des éditeurs ont-ils cherché à vous contacter ?

Merci pour le compliment. Aucun contact en vue. Mais laissons les choses à leur juste place : On est loin de la grande littérature et mon tour de poitrine n’a rien d’exceptionnel.

Que pensez-vous de l'éclosion de ces "blogs de bureau" ? Sont-ils en train de lever un coin du voile sur l'autre grande muette : l'entreprise ?

En partie. Le monde du travail est devenu si dur qu’il est tout simplement impossible d’y Vivre. On ne peut même pas en dénoncer les abus sans prendre le risque d’être lourdement sanctionné. Internet fera peut-être bouger les choses mais ne nous leurrons pas : Les esprits sont à ce point formatés que le chantier est colossal !

Que peut-on savoir qui ne remette pas en cause votre anonymat ?

Je crois que je suis en train de changer de vie. Que ce journal en est à la fois le moteur et le témoignage. De toute façon, cette aventure funambulesque ne pourra se prolonger indéfiniment. Si ça se trouve, je finirai vraiment écrivain !

Vincent Monnier, Nouvel Obs
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