enregistrerfermerprécédentsuivant
zoom
le journal de max le journal de max le journal de max
le journal de MaxMANUEL DE DEMISSION MENTALE
le journal de max
La dépêche AFPAudrey Kaufmann, AFP
Un des premiers articles<b>par Alexandre Lévy, lemonde.fr</b> Trombi de Gégé

Du blog au livre, la chronique à succès

de Max, cadre sup désabusé

 
Au départ, le blog de Max était juste un moyen de se défouler, la chronique internet d'un cadre supérieur désespéré par l'univers formaté de la grande entreprise. Des millions d'internautes l'ont lu et le phénomène est devenu un livre à succès.

Max est un trentenaire anonyme qui occupe une haute fonction dans une multinationale et la perdrait probablement s'il se démasquait. «Pur produit des grandes écoles» à la française, bon en maths, amateur de musique classique...

Sa plume alerte dénonce un monde déshumanisé où des cadres «clones» suivent un protocole tracé dès leurs brillantes études, où «le contrôle social est tellement intériorisé que le programme de lavage cérébral est automatique».

«La réalité dépasse largement la fiction», confie Max. Poussé par son pote Gégé, Max ouvre un «blog de décompression à usage thérapeutique» en septembre 2004, où il (dé)livre sa pensée quotidienne.

Très vite, des milliers d'internautes se délectent de ses billets, cliquant depuis la France, l'Australie, la Chine, la Malaisie... Après trois millions de visites, la page ferme en décembre 2004 au grand dam de son fan-club, parce que l'auteur part en vacances.

Description des "clones"


Les éditions Robert Laffont récupèrent rapidement l'affaire. «Le Blog de Max» publié mi-septembre en France, en Belgique, en Suisse et au Canada s'est déjà vendu à plus de 12.000 exemplaires. Max y décrit les «clones» infatigables et interchangeables qui l'entourent, «chemise blanche, costume noir, montre suisse», «une meute de jeunes loups tous définitivement perdus». Leur vie est «purement synthétique», aussi les a-t-il numérotés 1,2,3,4...

«Chaque jour je vois mes collègues s'asseoir sur leurs séants et polir sagement leurs existences, s'appliquant à en élaguer les plus infimes imprévus», écrit-il. «Le Boss reste admiratif devant tant d'abnégation».

Max dit travailler dans une «cinglerie», une «turbine à fric». Il prône la «démission mentale» et pratique la «pipotique» (dans des rapports, il écrit n'importe quoi, du «pipo»).

Dans le délicieux monde de Max, il y a le pot du vendredi, avec distribution de résultats hebdomadaires. Les crasses faites aux collègues. La collection de photos coquines de Gégé. ‘Ensemble, Max et Gégé élisent «Miss Passante», la plus jolie piétonne repérée depuis la fenêtre du bureau. Pour recruter, ils font un «CV basket»: on froisse les CV, afin de leur donner du «relief», on en fait une boule, on vise la corbeille. Seuls les CV n'ayant pas atteint la cible sont retenus.

«L'entreprise est un outil économique qui fonctionne très bien mais qui a indûment investi le champ des valeurs, et moi, je refuse d'être "corporate"», explique celui qui réclame un espace «où le risque existe encore». Depuis la parution du livre, Max reçoit chaque jour des dizaines d'e-mails. Beaucoup de gens approuvent sa critique et son cynisme, dit-il. D'autres l'accusent de profiter du système.

Max, qui envisage de rouvrir «bientôt» son blog, a «souvent eu peur d'être démasqué». «Dès le début, je savais que j'allais démissionner un jour», dit néanmoins ce père de famille. S'il vend 100.000 exemplaires du livre, il part.

En 2004, Corinne Maier, cadre moyen chez Electricité de France (EDF), avait écoulé en quelques mois plus de 200.000 exemplaires d'un pamphlet intitulé «Bonjour paresse». Traduit en 25 langues.

Audrey Kaufmann, AFP

TOUS DROITS RÉSERVÉS