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le journal de MaxMANUEL DE DEMISSION MENTALE
le journal de max
Avec mes remerciementssemaine 3, mercredi 10h00
Communication délicate<b>semaine 3, mardi 14h00</b> Mozart<b>semaine 3, mercredi 16h00</b>
En contrebas, un agent aligne méthodiquement les véhicules stationnés. Quatre à la suite. Et le prochain est celui de Gégé. Trop tard. Le sbire relève la plaque minéralogique, griffonne son carnet. Est-ce de passer son temps à coller des prunes aux honnêtes gens qui fait de lui un sombre crétin ou l’inverse ?

Bien sûr, il y a mon aversion naturelle pour l’uniforme. A commencer par le costard cravate des bureaux. Mais ce qui me troue le plus, c’est le principe : devoir payer pour s’arrêter. Avant, on travaillait pour acheter la voiture, laquelle nous permettait d’aller travailler. Tout s’équilibrait merveilleusement et l’on pouvait espérer bosser moins, gagner moins, consommer moins. En somme, vivre mieux.

Mais en tarifiant le vide, notre clown assermenté déséquilibre le système. Il nous pousse dans le gouffre du toujours plus. Sa molle démarche n’est pas celle d’un agent de la paix. C’est celle d’un fantassin de la guerre économique. Bas résilles sous son pantalon strict, matraque bien enfoncée, pétoire en bandoulière, d’autres métiers du trottoir sont plus respectables.

Dans le débarras, j’ai repéré une vieille seringue à colle. Solénoïde se nourrissant exclusivement de yaourts, il y en a sûrement un stock dans le réfrigérateur. Je bondis de mon fauteuil, ramène le matériel, charge la seringue, ouvre la fenêtre. Les masses des travailleurs crient vengeance. Leurs plaintes montent des quatre coins de la ville. Elles me bouleversent. L’air fouette mon visage. Me voilà prêt à combattre l’agent pathogène avec mon guano lactique.

La cible se rapproche. Le doigt sur la détente, j’attends les ordres. A la balistique, ils s’interrogent encore sur la vitesse du vent, le temps de chute. Larguez ! Mon missile fend l’air, se disloquant en fines gouttelettes. Il s’écrase sur le sol, juste sur les talons de la victime. Raté ! L’ennemi continue sa sinistre mission. Il sera bientôt de nouveau à portée de tir. Dernière chance. Je recharge.

Penché au-dessus du vide, la seringue dans le prolongement de mon corps, je suis zen. Le vent cesse, la rue fait silence. Au moment exact, j’envoie la sauce en un coup. La giclée explose pile sur son képi. Hourra ! Un tir exceptionnel ! Du calme, mes amis, du calme. Ne nous emballons pas. C’est même le moment d’un peu de recueillement. D’une prière pour cette âme perdue. Elle s’était égarée, je l’ai convertie. Baptisée au bifidus actif, elle suivra désormais la voie de la sagesse, celle qui fait un détour pour éviter notre rue. Ainsi soit-il.
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